03/06/2024

Méthodologie pour rédiger l’état de l’art d’un projet R&D 

Lorsque vous vous lancez dans la rédaction d’un rapport, d’un article scientifique, ou même d’un dossier technique dans le cadre d’une démarche de déclaration de Crédit d’Impôt Recherche (CIR) ou d’un rescrit JEI (Jeune Entreprise Innovante), la réalisation d’un état de l’art revêt une importance cruciale

Comprendre ce qu’est un état de l’art

Définition du concept d’état de l’art (ou State of the art en anglais)

Mais avant tout, concrètement : qu’est-ce que c’est ? L’état de l’art, tiré de l’anglais State of the art, est une revue exhaustive et critique des travaux existants sur le sujet de votre recherche et vos mots-clés cibles. Cela inclut les théories, les méthodes, les résultats et les lacunes dans la littérature existante. 

N.B. En fonction du domaine d’activité, l’état de l’art peut être appelé autrement : état des connaissances (recherche scientifique ou médicale), règles de l’art (architecture, en ingénierie et dans le bâtiment et les travaux publics) et revue de la littérature (scientifique). 

Pourquoi réaliser un état de l’art ?

Dans le cadre de travaux de recherche, l’état de l’art est d’une importance cruciale, puisqu’il permet au chercheur de :

  • Faire le point sur l’état des connaissances actuelles
  • Mettre en évidence les limites actuelles du domaine
  • Préciser sa problématique technique et définir le domaine scientifique de ses recherches
  • Identifier des hypothèses de développement pour le projet
  • Positionner ses travaux par rapport à ceux déjà existants
  • Légitimer ses travaux de R&D

L’objectif final est d’identifier les hypothèses de travail les plus pertinentes dans l’état des connaissances accessibles. Ça n’est qu’à cette condition que les travaux que vous mènerez pourront conduire à une augmentation de ces connaissances. L’état de l’art représente en quelque sorte la fondation sur laquelle votre travail s’appuie, offrant une vue d’ensemble des connaissances actuelles dans votre domaine. 

Dans le cadre d’une déclaration de CIR, l’état de l’art permet par ailleurs de justifier que le projet vise effectivement à lever une incertitude ou un verrou scientifique avéré. Ce critère est l’un des plus importants des 5 axes d’analyse de l’éligibilité au CIR que sont  :  

  • Nouveauté
  • Incertitudes & Verrous technologiques
  • Transférabilité & Reproductibilité
  • Démarche scientifique
  • Ressources R&D

Cet article vise à vous guider à travers les bonnes pratiques à retenir pour la réalisation d’un état de l’art complet et efficace.

Comment faire un état de l’art complet et efficace ?

La réalisation d’un état de l’art justifiant votre dossier technique lors d’une déclaration de CIR, n’est pas un exercice facile. Pour qu’il soit complet et efficace, il est important de suivre une approche méthodique, en amont du projet.  

La méthodologie présentée ci-après s’attache à vous guider dans la réalisation d’un état de l’art mais aussi dans sa restitution, en vue de justifier la qualité de ce dernier.  

1. Effectuer une recherche approfondie

La première étape pour rédiger un état de l’art solide est de mener une recherche bibliographique exhaustive.

  • Utilisez des bases de données académiques (tels que Google Scholar, PubMed, Cairn.info, IEEE, theses.fr ou ScienceDirect), des revues spécialisées, des livres, des articles de conférence et d’autres sources pertinentes pour recueillir des informations. 
  • Veillez à rester à jour avec les publications les plus récentes dans votre domaine.
    N.B. pour ce faire, vous pouvez automatiser votre stratégie de recherche bibliographique, en créant des alertes par courrier électronique, Google Scholar propose notamment ce service. 
  • Explorez également les travaux en cours ou à paraître, car ils pourraient contenir des informations précieuses.

2. Evaluer la valeur et la notoriété des publications

Afin de réaliser une recherche bibliographique qualitative et utile, il est primordial de bien sélectionner ses références. En effet, grâce à des références venant de sources qualitatives et fiables, vous gagnerez un temps considérable dans la rédaction de votre état de l’art. On peut diviser les sources en deux rangs :

Sources de rang 1Sources de rang 2
Publications / articles scientifiques issues de sources internationales à comité de lecture*. Livres d’expert se référant à des articles.Brevets (critère de nouveauté et d’inventivité). Comptes-rendus des conférences internationales spécialisées. Thèses. Publication pré-print : version pas encore validée par la communauté scientifique. Articles de revue professionnelle. 

*La maîtrise de la langue anglaise est un véritable atout puisque de nombreuses publications sont rédigées en anglais dans les revues internationales.

Les éditeurs jouent un rôle crucial dans la qualité scientifique des articles qu’ils publient. Les articles issus de conférences sont soumis à des évaluations et discussions, ce qui est un critère de qualité important. Ils fournissent également des critères d’évaluation transparents, et les biographies des auteurs ainsi que le nombre de citations peuvent renseigner sur la qualité et la notoriété des articles.

La compréhension globale d’un article scientifique est essentielle. Le plan de l’article et la structure du résumé offrent des indications sur le contenu et la pertinence par rapport à votre sujet de recherche. Le plan de l’article est souvent sous la forme IMReD :

  • Introduction (contexte, état de l’art, problématique, hypothèses)
  • Méthode (comment les travaux ont été menés)
  • Résultats et
  • Discussion et comparaison avec les travaux des autres chercheurs

Vous pouvez également consulter les autres articles des auteurs, les références bibliographiques, les travaux ultérieurs citant l’article, les mots-clés, et les recommandations des éditeurs pour explorer davantage le sujet.

Avant de citer ou de lire une publication scientifique, il est utile de connaître sa valeur. Les indicateurs bibliométriques fournissent des informations sur la notoriété et la visibilité d’une revue scientifique, ce qui permet d’avoir une idée du « poids » d’un article scientifique.

Impact factor (IF)

L’IF est le plus connu des indicateurs bibliométriques. Il mesure le nombre moyen de citations des articles d’une revue par rapport au nombre d’articles publiés sur une période donnée (généralement 2 ans par défaut). Il est largement utilisé par les chercheurs pour évaluer la qualité des revues et conditionne leurs évaluations et leurs carrières.

Autres indicateurs bibliométriques

Outre l’IF, d’autres indicateurs sont également utilisés pour évaluer la notoriété des publications scientifiques :

  • CiteScore : similaire à l’IF, mais couvrant trois années au lieu de deux.
  • Le h-index : mesure la notoriété d’un auteur et parfois revue/article.
  • Le h5-index : indice h des articles publiés au cours des cinq dernières années révolues. 
  • L’indice d’immédiateté : indique la rapidité avec laquelle un article est cité, en calculant la fréquence de citation d’un article publié en année N par d’autres articles publiés la même année N.
  • La demi-vie des citations (Cited Half-Life) : exprime le nombre d’années nécessaires pour que la moitié des articles de la revue soient cités.
  • Les altermétriques : évaluent l’impact sur internet d’une publication, mais peuvent refléter autant un impact scientifique réel qu’une simple attention sociale. Ils complètent les indicateurs traditionnels en offrant une analyse plus immédiate des données.

3. Organiser vos résultats

Une fois que vous avez recueilli une quantité suffisante de matériel, il est temps de l’organiser de manière logique. Cette étape est vitale afin de s’assurer que la structure de votre état de l’art facilite la compréhension et la navigation pour le lecteur. Elle vous permet également de définir les mots-clés, en lien avec votre sujet de recherche, sur lesquels axer votre état de l’art.

  • Dans l’état de l’art, il est important de formaliser une partie par verrou technique identifié.
  • Vous pouvez choisir de regrouper les travaux connexes par thématique, par méthode utilisée, par chronologie, ou selon d’autres critères pertinents à votre domaine. 
  • N.B. il n’est pas obligatoire de présenter plusieurs incertitudes. Une grande incertitude principale peut suffire à justifier une opération de R&D.

Un plan clair aidera également à maintenir la cohérence tout au long de votre rédaction.

Exemples de plans de structuration en WP recherche

La structuration du projet en WP (Work Packages) recherche est nécessaire pour démontrer l’existence d’un verrou technique. Deux approches, suivant des plans de structuration différents, peuvent être employées :

  • Structuration projet sous forme de sous-objectifs :
    • WP1
    • WP2
    • Etc…
  • Structuration projet sous forme de questions de recherche et hypothèses associées :
    • WP1 : Axe de recherche 1, associé au Verrou 1
      • WP1.1 – Hypothèse 1
      • WP1.2 – Hypothèse 2
    • WP2 : Axe de recherche 2 (autre question levée par les limites de l’état de l’art), Verrou 2
      • WP2.1 – Hypothèse 1
      • WP2.2 – Hypothèse 2
    • Etc…

4. Analyser et synthétiser

L’étape suivante consiste à analyser les informations et faire une synthèse des données que vous avez recueillies. 

  • Ne vous contentez pas de résumer chaque étude de manière indépendante. Au lieu de cela, cherchez des tendances, des divergences, des consensus et des lacunes dans la littérature.
  • Identifiez les principaux travaux et les contributions significatives à votre discipline.
    N.B. pensez à analyser également les références citées dans les publications, en recherchant des mots-clés dans la bibliographie ou bien le nom d’un journal dans le domaine. 
  • Décrivez avec précision les problèmes scientifiques et techniques à résoudre et argumentez en quoi les connaissances existantes et accessibles ne permettent pas de les surmonter, ou n’apportent pas de solution pour l’entreprise. 

Cette analyse approfondie vous aidera à développer une vision claire de l’état actuel des connaissances dans votre domaine.

5. Soyez critique

Il est important d’adopter une approche critique lors de la rédaction de votre état de l’art.

Ne prenez pas simplement les conclusions des études existantes pour argent comptant, évaluez la qualité méthodologique, la validité des résultats et les limites des travaux antérieurs. Cela vous aidera à établir la crédibilité de votre propre recherche et à identifier les domaines où vous pouvez apporter une contribution significative.

N’hésitez pas à discuter des controverses ou des points de vue divergents dans votre domaine, mais assurez-vous de le faire de manière objective et bien informée.

6. Intégrer votre propre travail

Votre état de l’art ne consiste pas seulement à résumer les recherches précédentes, il doit également préparer le terrain pour votre propre travail. 

  • Assurez-vous d’intégrer votre projet de recherche ou vos idées dans le contexte plus large du domaine.
  • Expliquez comment votre travail s’inscrit dans la continuité des recherches existantes et comment il vise à contribuer à combler les lacunes identifiées.
  • C’est également l’occasion de mettre en avant l’originalité et la valeur ajoutée de votre projet par rapport aux travaux existants.

7. Utiliser un langage clair et précis

Enfin, veillez à utiliser un langage clair, précis et concis tout au long de votre état de l’art.

  • Évitez le jargon excessif et expliquez les concepts complexes de manière accessible.
  • Assurez-vous également de citer correctement toutes vos sources et de suivre les directives de citation appropriées dans votre domaine.
    N.B. utiliser un outil de classification de référence peut vous faciliter la tâche. Zotero, par exemple, est un logiciel de gestion de références gratuit, libre et open source, permettant de classer toutes ses références et de les citer facilement.
  • Une écriture soignée et professionnelle renforcera la crédibilité de votre travail et facilitera la lecture.

En suivant ces bonnes pratiques, vous serez en mesure de rédiger un état de l’art complet et convaincant qui renforcera la crédibilité de votre travail et éclairera le lecteur sur l’état actuel des connaissances dans votre domaine.

N’oubliez pas que la rédaction d’un état de l’art est un processus itératif qui nécessite du temps et de l’attention. Que vous soyez un chercheur débutant ou expérimenté, prendre le temps de rédiger un état de l’art de haute qualité peut faire toute la différence dans la perception et la réception de votre travail. Ainsi, les experts FI Group sont là pour vous épauler. 

L’offre FI Group

Chez FI Group, nos experts en Structuration de la R&D peuvent vous accompagner durant toutes les étapes clés de votre projet R&D, notamment lors d’un atelier « Analyse de l’antériorité et état de l’art« .

Durant cet atelier, nos experts vous présentent dans un premier temps la méthodologie et les outils de réalisation d’un état de l’art, répondant ainsi aux questionnements les plus fréquents : 

  • « Comment formuler un verrou technique ? »
  • « Quel est le processus de recherche documentaire ? »
  • « Comment sélectionner des références ? »
  • « Quels sont les outils de classification ?

Puis, nos experts illustrent cette méthode dans le cadre d’un cas pratique, en lien avec un projet de votre domaine, afin d’identifier des sources pertinentes et toutes les astuces de recherche associées.

Vous êtes intéressés par cet accompagnement ? Contactez-nous !